Séminaire virtuel
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| Avant-propos
Le texte qui suit et que je verse comme contribution au présent séminaire de recherche est la mise en forme d'un exposé oral qui eut lieu dans le cadre du séminaire de 3e cycle Le matérialisme des Lumières (prof. J. Boulad-Ayoub), à la fin de novembre 1999. Mon objectif fut double: présenter la pensée politique du baron d'Holbach en ce qui a trait à la représentativité dans l'exercice de la souveraineté et tisser quelques ramifications avec les tentatives du comte Mirabeau, alors que la monarchie est à la veille d'imploser complètement. Ces deux acteurs importants du XVIIIe siècle pensaient que le partage des pouvoirs entre le roi et des représentants élus par le peuple assurerait le plus grand bien national. Cela leur semblait aussi la solution la plus prudente. Bien que ce ne soit pas l'objet du présent effort de recherche, nous pouvons nous interroger sur ce qu'il reste, aujourd'hui, en héritage de leur lutte. Nos réflexions sur la dynamique politique du passé pourraient nous amener à questionner la nature et l'équilibre de notre propre système représentatif et de séparation des pouvoirs législatif et exécutif. En quelles mains ces pouvoirs reposent-ils? Sont-ils concentrés entre les mêmes mains? Sommes-nous vraiment prudents sur le plan politique? Jusqu'où la société civile est-elle servie par la mainmise des financiers sur la politique du bien commun? 1. Préambule Tout organisme vivant perdure uniquement parce que son métabolisme transforme, de façon ordonnée, continue et efficace, des nutriments en énergie vitale. Par exemple, une orchidée s'épanouit à force de précautions dans le dosage en eau, azote et lumière. L'équilibre est précaire, tout horticulteur ne sait que trop bien cela. De fines variances positives ou négatives peuvent être absorbées. Un fort manque ou un excédent significatif ne pardonnent pas! L'orchidée pourrit ou se dessèche... Assurément, elle s'épuisera à reconquérir sa salutaire stabilité avant, éventuellement, de mourir. Une société civile est aussi un organisme vivant, un système métabolique composé de maintes parties plus ou moins individuées qui, ensemble, trouvent efficacement et de façon plénière leurs intérêts et raison d'être1. Il s'y rencontre diverses forces, une multitude de passions concurrentes, et cependant toutes ces forces doivent librement concourir au bien public, c'est-à-dire à l'épanouissement général, afin que la survie même des parties soit assurée. On le devine tout de suite, l'histoire humaine est la compilation continue du rapport de toutes ces forces qui divergent souvent et qui convergent parfois dans l'accomplissement du tropisme humain: la quête personnelle du bonheur dans un corps social vigoureux mais ordonné (ce dernier sera effectivement vigoureux s'il dépasse l'individualité plus ou moins stérile propre à chacun lorsqu'il est refermé sur lui-même, et ordonné si c'est le tout, l'ensemble, qui rend possible la perspective de l'individu2). Évidemment, si nous nous contraignons à travailler à partir de la métaphore de l'organisme pour parler de la société, le bien public coïncidera avec l'opulence "du nécessaire" pour la majorité des gens, avec le courage et la vertu qu'ils démontreront et engageront à l'égard du tout3. Cependant, l'organisation en un tout des volontés diverses et diffuses dans le corps social ne va jamais de soi. Souvent les passions aveugles de notre égoïsme font oublier que le sort de chacun est lié avec celui de tous, que la conservation des parties passe par celle du tout. La difficile tâche d'organiser les égoïsmes en luttant contre ou pour l'ignorance et les courtes vues des individus est accomplie par le gouvernement (quelle qu'en soit la tradition ou la forme). Le gouvernement, agissant comme le gouvernail de la volonté générale, doit donc composer les volontés particulières (i.e. les poser ensemble, les intriquer les unes avec les autres) pour leur imposer un rythme, l'unique cadence qui sera la plus favorable à l'opulence "du nécessaire" pour la majorité4. L'équilibre vital et fondamental des forces sociales et des pouvoirs politiques, particulièrement pour un matérialiste du 18ième siècle, n'a ainsi rien à voir avec une quelconque alchimie de la "main invisible". Une telle "magie" empêche d'ailleurs de parler de devoirs et de droits en politique... Ce sera entre autres pour inscrire explicitement et publiquement leurs propres volontés, en dissidence au pouvoir absolu du roi, que plusieurs philosophes et penseurs politiques prirent parti pour une redistribution plus justifiée de l'exercice de la souveraineté afin que la volonté du gouvernement soit plus générale et que la loi qui en est l'expression soit universelle et légitime. De fait, la situation du gouvernement français au 18ième siècle devenait de plus en plus périlleuse à mesure que le siècle passait à l'histoire. La monarchie se disloquait sans cesse un peu plus du corps social: la corruption, le bâillon ou le désintérêt avaient rendu caducs les contrepoids à la tendancieuse volonté royale pour le despotisme (les derniers états généraux avaient eut lieu en 1614!) Rappelons-le, pour un organisme, l'équilibre est essentiel, c'est une question de vie... ou de mort et l'"Ancien régime" s'essoufflait et menaçait de ruiner la société entière, étant incapable de régler les problèmes financiers - et de financement - du royaume. Peut-il être légitime qu'un royaume entier travaille aux plaisirs et au bonheur d'un seul? Les principes constitutifs, les lois fondamentales, peuvent-ils asservir une nation plutôt que la libérer et symboliser son aspiration au bien-être5? C'est dans ce contexte de grande instabilité, au moment où il est encore possible de jouir des fruits de l'ordre tout en profitant des libertés relatives au désordre naissant, entre l'omnipotence royale et la volonté d'établir le droit des gens (ou, du moins, celui des "possédants") que le baron d'Holbach fit publier, à Londres et sous le couvert de l'anonymat, La politique naturelle et Le système social, tous deux en la même année 1773. Ces deux ouvrages ont avec raison soulevé maintes passions, d'un point de l'horizon idéologique à son opposé, puisqu'une critique très virulente s'y déploie: le baron (lui-même masqué sous un nom d'emprunt) travaille sans relâche à démasquer l'usurpateur et à proposer les principes d'une société systématiquement juste. Afin de bien cerner les implications et conséquences attenantes à l'exercice légitime et bénéfique du pouvoir politique, 1) nous porterons notre attention sur la notion de représentation telle qu'envisagée par d'Holbach, 2) nous examinerons comment le régime politique britannique a pu servir à la fois de modèle théorique et de contre-exemple pratique, 3) et, finalement, nous accompagnerons Mirabeau dans sa tentative concrète, aux premiers temps de l'Assemblée nationale constituante, pour instaurer ce régime représentatif et équilibré qui était réclamé par plusieurs théoriciens politiques, entre autres par le matérialiste d'Holbach. 2. La représentativité et le partage des pouvoirs en théorie (d'Holbach) Pour d'Holbach, en matérialiste conséquent, une organisation socio-politique ou une autre, cela importe a priori très peu dans la mesure où elle peut montrer sa légitimité. Partageant certains postulats contractualistes, le baron fonde la légitimité d'un pouvoir politique sur le consentement populaire, lequel seul peut donner droit à la souveraineté. Ainsi, un gouvernement, quel qu'il soit,
Si le baron d'Holbach affirme pour sa part qu'une monarchie tempérée ou mixte serait le gouvernement qui rendrait la nation la plus heureuse, c'est sans doute parce que l'analyse d'une coupe transversale dans le tissu composant la nation, à son époque, le lui permet: il a une monarchie sous les yeux! Ce faisant, il n'a d'autres choix que celui de prendre acte des forces et passions en présence autour de lui et en lui-même. Rien de plus, rien de moins! Et qu'observe-t-il? Il voit que chacun aspire à réaliser ses propres fins, quelque position qu'il occupe dans la société, en utilisant plus ou moins habilement ce qu'il trouvera, que ce soit des outils ou des hommes. Plus spécifiquement, d'Holbach constate que, sous le roi, il y a des nobles (ou des guerriers) et que ceux-ci s'occupent principalement de conquêtes pour tenter d'assouvir leur ambition du pouvoir et ainsi démontrer orgueilleusement à la terre entière leur force. Il y a le clergé qui a sensiblement les mêmes aspirations que les nobles, à la seule différence que ses visées expansionnistes concernent aussi les territoires de la conscience intime de chacun. Par ailleurs, il y a des cultivateurs et des marchands qui, eux, sont préoccupés par la production et la commercialisation de certains produits, ils se passionnent presque exclusivement pour la rentabilité et les profits. Finalement, d'Holbach remarque qu'il y a des juristes et magistrats, gens mesurés mais subordonnés à l'autorité absolue du monarque; ils établissent les lois réglant les rapports entre ces différents ordres selon la volonté du roi. Toutes ces passions constituent le corps social et lui sont nécessaires chacune en son genre particulier. En ce sens, tout cela est naturellement bon. Le hic, c'est que l'équilibre du moment ne reflète pas le bonheur du plus grand nombre. Le modèle d'un roi bon père de famille s'est simplement transformé en celui du despote8. Bien sûr, une intention unifiante doit présider aux divers corps de la nation afin qu'ils soient contenus et qu'ils ne s'occupent pas exclusivement d'eux-mêmes au détriment de la cohésion et de l'équilibre du tout. Mais, au temps du baron, dans le cadre d'une monarchie absolue, cette intention ne trouve plus guère d'obstacle pour se limiter, sinon sa propre volonté. Juge et partie! L'unification est donc construite autour et pour la personne du roi. Il est entendu que, si le monarque est un représentant de Dieu, comme son droit à la souveraineté le prétend, rien n'est à craindre. Toutefois, les principes naturels qui s'appliquent aux hommes en général valent aussi pour un roi. D'Holbach, bien qu'il ne veuille pas être révolutionnaire et séditieux, refuse au roi toute transcendance. Ainsi qu'est-ce qu'un monarque? C'est un homme à qui sa nation suppose les vertus, les talents, les qualités nécessaires pour lui procurer les avantages qu'elle est en droit d'exiger. Un roi est un citoyen choisi par ses concitoyens pour parler et pour agir au nom de tous, pour être l'organe et l'exécuteur des volontés de tous, pour être le dépositaire du pouvoir de tous.9 Alors, si la légitimité royale de droit divin en est une seulement par l'ignorance du peuple, si le roi échoue à imposer le bien public car il devient à tous les jours un peu plus sourd à la volonté générale, ne suivant que sa volonté particulière flattée par quelques courtisans ou manipulée par l'ambition de quelques nobles, il convient de réformer en profondeur le mode d'interprétation et d'application de la "constitution originaire". Il faut l'adapter à la réalité actuelle qui est éclairée,
D'Holbach, en bon médecin au chevet de sa société malade, pensa que "la nation serait plus heureuse si elle parvenait à réunir la monarchie avec la république. [Il] crut qu'une autorité ainsi balancée mettrait un frein aux abus de la royauté, à l'ambition des aristocrates et à la fougue du peuple."10 Toutefois, entre la parole qui propose et l'acte qui constitue, toute une oeuvre d'éducation, de sensibilisation de l'opinion publique, devra être accomplie car il n'est pas davantage permis au mécontentement d'un seul de tenir lieu de volonté générale qu'il ne l'était de la volonté générale d'être tournée vers le contentement d'un seul. Le baron sera conséquent avec une partie de sa propre doctrine: en toutes matières il faut laisser au temps faire son oeuvre et à la nature d'agir. Il se permettra alors uniquement de seconder11 la nature en soumettant "ses propres" pensées et vues au regard du public. Ces dernières, étant publiées par d'Holbach sous le couvert de l'anonymat, peuvent ainsi être les idées de tout le monde ou de n'importe qui. Le baron prêtera son bras à la société réunie, il instruira l'opinion publique de "son" mécontentement afin qu'advienne une critique collectivement fondée. Éduqué et éveillé de la sorte, le corps social, seul habileté à user de la souveraineté, pourra ressaisir une partie de l'autorité mise dans les mains d'un seul et désigner d'autres représentants qui seront sa voix. L'action subtile de d'Holbach sur les consciences nous reconduit cependant au problème de l'engagement individuel dans la cause collective. Éduquer semble avoir toujours quelque chose de séditieux quand on critique le pouvoir en place et ses institutions. Le baron pouvait-il l'ignorer? Entre la parole théorique de d'Holbach (l'individu répond à la collectivité) et son action concrète (l'individu interpelle la collectivité), un hiatus apparaît. Citoyen! fuis une patrie qui te rend malheureux, ou gémis en secret des maux que tu éprouves tout seul; tu dois au repos de l'État le sacrifice de ton ressentiment personnel. La société réunie ou représentée a droit seule de résister, de faire rentrer dans le devoir, de punir les prévaricateurs qui l'oppriment; alors tu lui prêteras ton bras, tu combattras pour elle, tu la soutiendras dans ses demandes.12 D'Holbach ne fuit en aucun moment! Mieux, il multiplie ses publications... Devons-nous alors comprendre les publications du baron comme la mise en forme d'un ressentiment personnel ou comme la plainte de tous? Il est assurément louable de vouloir servir sa nation, surtout si la monarchie est sourde à toute revendication, mais on le fait toujours à partir d'une perspective personnelle. Ainsi, nous sommes très loin d'un secret gémissement. Que penser de l'oeuvre holbachienne, s'agit-il d'un poison habilement distillé dans la société ou d'un écho à la souffrance nationale? L'oeuvre de d'Holbach lance un appel à la réformation de l'ordre public par le biais d'une polémique contre les pouvoirs en place. Elle est donc avant tout critique, puis éducatrice! Et c'est sans doute entre ces deux extrémités du ressentiment personnel et de la plainte de tous, dans l'intrication d'idéaux à l'exercice de survie, que se situe l'action éducatrice... pour la plus grande vigueur d'un peuple et l'équilibre dynamique d'une nation (organique). En rappelant sans cesse que l'autorité politique trouve sa légitimité dans la volonté générale, d'Holbach insiste pour que le pouvoir soit redistribué plus adéquatement, disions-nous plus haut. De fait, il est d'avis que les pouvoirs exécutif et législatif doivent être exercés par des instances distinctes pour la sécurité de l'État et le plus grand bien de tous. D'une part, le pouvoir législatif doit tenir dans les mains de représentants élus par le peuple afin que ce soit la raison de chacun au sein du tout qui juge de la validité d'une loi car c'est par les lois que s'exprime la volonté générale. Ainsi, "le peuple représenté par un sénat, dont lui-même choisit les membres, concourt à la législation qu'il s'impose".13 Tout un chacun reconnaîtra alors la transcendance de la loi, pourra l'accepter et s'y soumettre pleinement. D'autre part, le pouvoir exécutif restera dans les mains du monarque régnant déjà, qui est aussi un représentant du peuple (il en va de sa légitimité), car la sécurité de l'État exige souvent qu'une force énergique et prompte, mais toujours juste, "oblige les forces particulières à se porter vers le centre commun, où réside le bonheur et le maintien de tout."14 Le monarque aura donc pour difficile et unique tâche de "tenir la balance" entre tous et d'être le berger des lois fondamentales (la constitution).15 C'est en ce sens que d'Holbach écrira que "la loi doit être despotique, mais le souverain ne doit jamais être despote."16 Le système social devrait ainsi être équilibré. Si des raisons factuelles amènent le baron à reconnaître l'autorité du roi et à vouloir imposer un frein à ses royales fantaisies, en remettant aux représentants du peuple la responsabilité de faire des lois, nous devons à présent examiner les conditions nécessaires pour être élu représentant du peuple. En premier lieu, il faut noter que, par "peuple", d'Holbach n'entend pas tous les individus formant la patrie. Tous ne seront donc pas éligibles pour élire un représentant ou être élu en tant que tel. La faculté d'élire des représentants ne peut appartenir qu'à de vrais citoyens, c'est-à-dire à des hommes intéressés au bien public, liés à la patrie par des possessions qui lui répondent de leur attachement. Ce droit n'est pas fait pour une populace désoeuvrée, pour des vagabonds indigents, pour des âmes viles et mercenaires. Des hommes qui ne tiennent point à l'État, ne sont pas faits pour choisir les administrateurs de l'État.17 D'une telle conception, on remarque tout de suite quatre caractéristiques: a) la monarchie mixte holbachienne perpétue le clivage entre les possédants et les simples occupants de la terre. La réciprocité entre la nation et les gens est réduite au seul critère de possession du sol. La volonté générale exprimée par les représentants du "peuple" est alors toute différente de ce que nous entendons aujourd'hui en nos régimes démocratiques; b) le matérialisme social reflète le matérialisme du système naturel en révélant les inégalités entre les individus d'après leur seule force d'appropriation du sol, ce qui ne semble pas aussi libérateur du genre humain qu'une compréhension fabuleuse et idéalisante de la Révolution française pourrait laisser imaginer;18 c) l'"Ancien régime" est interdit de retranchement dans le modèle platonicien et le désintéressement (paternaliste) suranné du roi-philosophe ne peut plus être invoqué. Les nouveaux représentants, parce qu'ils veillent à leurs intérêts et le comprennent bien, sauront fleurir le bien de l'État; d) cependant, si la propriété privée fut acquise par la force (ce qui arrive toujours aux dires de d'Holbach puisque tout peuple est vainqueur d'un autre), si les représentants au pouvoir législatif sont élus sur la base de leur propriété, si le pouvoir législatif est légitime seulement dans la mesure où il tend vers le bien public, la compréhension de ce bien public peut-elle correspondre avec autre chose que le simple calcul différentiel entre un état très mauvais et un état moins mauvais, par exemple, mais qui resterait bien en deçà d'un seuil vraiment intéressant pour la majorité des gens? Nous comprenons assez bien que la possession de la terre identifie au pays, qu'elle est la mesure des impôts, bien souvent l'objet des guerres, la source de la nourriture d'un peuple et l'origine permettant le commerce de même que l'objet de la jurisprudence19, mais nous nous résignons difficilement à accepter que d'Holbach considérait les seuls possédants comme suffisamment éclairés pour s'intéresser au sort de l'État et diriger la destinée de la nation. Peut-être était-ce là la "nécessité historique" du moment? Laquelle nécessité s'est changée seulement quelque soixante années plus tard. Rappelons-le, le leitmotiv à la Révolution était "Liberté, égalité, propriété". Ce ne sera qu'au milieu du 19e siècle, avec l'avènement de la Seconde République, que résonnera le célèbre "Liberté,
Cependant, force nous est aussi de constater que le "peuple" n'est pas les gens, que les revendications de d'Holbach ne concernent pas le droit des gens mais de "certaines" gens seulement. La lutte holbachienne contre le pouvoir absolu du monarque n'en est pas une pour la démocratie. Nous devons donc être très minutieux dans notre lecture et éviter toute interprétation anachronique ou tendancieuse lorsqu'il prétend, par exemple, qu'"il reste toujours, dans le corps de la nation, une volonté suprême, un caractère indélébile, un droit inaliénable, un droit antérieur à tous les droits [..., celui du] plus grand nombre des individus qui composent une société."20 Il vaut mieux se reporter à la clarté de l'article représentants de l'Encyclopédie où il est écrit que "les droits des constituants sont les droits de la nation, ils sont imprescriptibles et inaliénables".21 N'ignorant pas que les constituants sont les seuls possédants, nous savons ipso facto que le baron revendique d'abord le droit libéral pour une certaine classe de gens. Évidemment, il fonde beaucoup d'espoir sur la générosité de cette même classe plus riche22 que moins à l'égard des plus pauvres afin que les inégalités naturelles ne soient pas davantage creusées ou artificiellement exacerbées. Mais c'est confiner la majorité numérique hors de la classe des agents définissant le bien public... et perpétuer l'image du paternalisme! Et, d'abord, n'est-il pas beaucoup trop demander à la nature passionnelle des hommes riches d'être généreux et aux hommes pauvres d'être modestes? D'ailleurs, s'il faut en croire le baron, tous seraient au fond d'eux-mêmes un courtisan "épris du désir de dominer, d'être préférés à [ses] semblables, d'acquérir de la considération et des richesses"23. Tout cela est bien naturel chez tous les hommes de la terre, dirions-nous en écho au système matérialiste de la nature. Pourquoi alors la générosité? l'humilité? Mais insistons un peu plus sur le sens très particulier du mot "peuple" chez d'Holbach, pour en mieux saisir les motifs et la portée. Par le mot peuple, on ne désigne point ici une populace imbécile qui, privée de lumières et de bon sens, peut à chaque instant devenir l'instrument et le complice des démagogues turbulents qui voudraient troubler la société. Tout homme qui a de quoi subsister honnêtement du fruit de sa possession, tout père de famille qui a des terres dans un pays, doit être regardé comme citoyen. L'artisan, le marchand, le mercenaire doivent être protégés par l'État qu'ils servent utilement à leur manière, mais ils n'en sont de vrais membres que, lorsque par leur travail et leur industrie, ils y ont acquis des biens fonds. C'est le sol, c'est la glèbe qui fait le citoyen.24 Toutefois, d'Holbach lui-même peut-il vouloir plus, vouloir un autre régime que la monarchie absolue, sans effectivement causer des troubles à la société? Par souci de prudence, on pourrait comprendre que d'Holbach veuille restreindre la citoyenneté à quelques uns: plus l'opinion publique a d'oreilles, moins elle risque d'avoir de "bon sens" et n'être que "sens commun", et plus les aspirants porte-voix de la volonté générale devront savoir le chant de la sirène pour éventuellement s'attirer des votes... Il serait effectivement périlleux de remettre les rênes du pouvoir, la souveraineté nationale, en les mains de gens émerveillés par quelconques apparences 25. Mais ne serait-ce pas là justement le prix pour former une véritable opinion publique?26 Posséder une parcelle de pays rend-il vraiment l'homme plus sensé et l'épargne-t-il de toutes manipulations idéologiques? Quelque démocrate cynique pourrait ici affirmer que, si c'est "la glèbe qui fait le citoyen", on peut sans doute croire à bon droit que ce citoyen holbachien ne sera définitivement pas l'instrument des "démagogues turbulents qui voudraient troubler la société" car il n'aura aucun intérêt (foncier, pécuniaire...) à ce que la société change trop! Et ne sera-t-il pas lui-même un manipulateur efficace si la glèbe implique "le droit de patronage" et non seulement la possession de terres 27? L'idée du paternalisme surplombe-t-elle la citoyenneté? Cependant, lorsqu'il s'agit de limiter l'ambition des princes au 18ième siècle,
L'article représentants rédigé par d'Holbach, pour l'Encyclopédie, porte aussi le même sceau du bourgeois bien-pensant et bon paternel. On peut y lire que la députation envoyée pour siéger au pouvoir législatif sera partagée entre les divers possédants de la nation, lesquels sont, au moment même de la rédaction de l'article, le clergé, la noblesse, la magistrature, les négociants et les cultivateurs. Mis à part la considération pour le clergé dans le seul exercice du pouvoir temporel, le plus significatif de cet article encyclopédique tient sûrement dans le fait que le baron critique seulement les trois premières catégories sur les cinq; aussi étaient-ils ceux qui jouissaient seuls du pouvoir étatique 28. Qu'à cela ne tienne, les représentants en leur ensemble devront uniquement relayer les volontés de leurs pairs (qui possèdent des terres) et, en ce sens, ils ne devront jamais tenir un discours divergeant des intérêts de leurs constituants. Afin de rappeler aux représentants leurs responsabilités devant leurs constituants, leurs réels intérêts et leur devoir, des élections seront tenues périodiquement. L'idée d'imputabilité commence à émerger (elle sera même étendue aux différents ministres après la Révolution). Toutefois, à la fin de son article, d'Holbach mentionne la possibilité qu'une telle monarchie parfaitement tempérée par des représentants élus soit aussi soumise à la corruption (l'être humain recherchant avant tout son intérêt personnel). Évidemment, si cela s'avérait, ce serait bien fait pour le peuple entier qui se serait ainsi laissé posséder croyant posséder celui qui se vendait en achetant des votes. Car il est de notoriété publique que "les hommes n'achètent, communément, que pour revendre à profit; [...] Un peuple qui se vend devient complice des trahisons qu'on lui fait; en vendant ses suffrages à ses représentants, il autorise ceux-ci à vendre les leurs."29 Corruption ou non, les rapports de domination et de hiérarchie ne cessent jamais: l'équilibre entre les forces au sein d'une assemblée et entre les pouvoirs exécutif et législatif est fort précaire. De fait, les passions humaines sont pour toujours inextinguibles, celles des politiques particulièrement, sinon plus, puisqu'ils ont plus de pouvoirs. Cependant, leurs passions resteront forcément "pures" de toute corruption si elles sont poursuivies et assouvies dans le cadre limité d'une fonction (et toutes les fonctions se limitant mutuellement, un certain souffle, une certaine pulsation nationale sera perceptible, donc quelque chose comme le bien commun apparaîtra en creux). Cela requiert sans aucun doute un minimum de vertu et de lumières quant à l'état de l'État. Si la vertu généralisée dans les habitus de tout un peuple semble un idéal pour l'instant, une moralité exemplaire devrait tout de même émerger et être partagée par tous au gré des bons soins d'une instruction publique encore à construire. Le goût effréné du luxe, qui est la menace constante des régimes monarchiques, se verra alors mieux domestiqué, mis en perspective avec le bien public. Par ailleurs, en attendant une telle éducation 30 morale, une bénéfique incidence de celle-ci sur la politique et la vie sociale en général, on pourra tout de même à peu près faire fonctionner la monarchie mixte, s'assurer que le jugement du peuple sera le moins corrompu et celui des représentants le moins corruptible possible, en obligeant les représentants potentiels à se faire élire dans leur propre bourgade, là où la proximité du regard et de la vie quotidienne peuvent moins être déjouées par les subterfuges de la rhétorique. L'équilibre d'une monarchie mixte est fragile, nous l'avons souligné. Cet équilibre est aussi dynamique puisque les nations mêmes changent comme tout autre organisme vivant. Finalement, la quadrature du cercle politique sera résolue dans un système monarchique tempéré à toutes les fois où les représentants orienteront la volonté du roi (et limiteront ses passions), que celui-ci assurera un équilibre entre les passions multiples des représentants et que ces derniers seront les interprètes
3. L'idéal anglais et sa réalité actuelle à ne pas imiter (Montesquieu, d'Holbach et Mirabeau) Le modèle anglais, entre autres suite aux écrits de Montesquieu 31, est considéré par les Français du 18ième siècle comme le régime politique le plus beau puisque ses lois permettent, en théorie, la justice et la liberté. De fait, l'exercice du pouvoir étant entre plusieurs mains, les dangers relatifs à n'importe quelle concentration de pouvoir, dont le despotisme, sont réduits au maximum. Montesquieu notait que, dans le système britannique, le roi a le pouvoir exécutif, car l'action momentanée qui est de son ressort est mieux administrée par un que par plusieurs. Il est cependant enchaîné par les prescriptions de la puissance législative. Le pouvoir judiciaire, comme à Athènes, est exercé par des personnes du peuple tirées au hasard, afin que les gens craignent la magistrature et non les magistrats (même que, dans les grandes accusations, plusieurs juges appelés pourront être récusés par la couronne ou la défense afin qu'il y ait transparence). La transcendance des lois et le bon sens moral naturel de chacun doivent, pour cette tâche, suffire. Pour leur part, les nobles partagent le pouvoir législatif avec les représentants du peuple, mais chacun a sa chambre (des Lords et des Communes) de délibérations sur l'administration des affaires de la nation. Les nobles ont pour tâche spécifique de régler les deux parties constituantes du pouvoir législatif puisque "la liberté commune serait leur esclavage, et ils n'auraient aucun intérêt à la défendre."32 Cette puissance régulatrice est leur faculté d'empêcher ou d'approuver l'adoption de lois. Les représentants ont quant à eux la responsabilité de statuer les lois en tant que telles, ce qui permettra que les lois soient de l'intérêt général et non le reflet partisan des seuls intérêts des nobles. Par ailleurs, les représentants seront élus pour la durée déterminée d'un mandat, ainsi le peuple pourra signifier continuellement sa volonté en désignant qui bon lui semble. Toutes ces puissances, étant enchaînées les unes aux autres, sont forcées d'aller de concert et l'honneur (i.e. le regard d'autrui) est la vertu et l'idéal qui les cimente ensemble. L'équilibre social pourrait ainsi être indéfiniment assuré mais, comme l'écrit Montesquieu, toutes les choses humaines ont une fin, l'État dont nous parlons perdra sa liberté, il périra. Rome, Lacédémone et Carthage ont bien péri. Il périra lorsque la puissance législative sera plus corrompue que l'exécutrice. Ce n'est pas à moi à examiner si les Anglais jouissent actuellement de cette liberté, ou non.33 Ainsi, lorsque la majorité est plus abâtardie qu'un seul (le roi), il va de soi que la nation entière vacille et que la liberté, n'ayant de sens qu'en rapport à des bornes justement votées et imposées, est larvée - ou plutôt elle se fait licencieuse. Si les conditions théoriques suffisaient à Montesquieu, d'Holbach le matérialiste du Système social34 interroge davantage la vie politique britannique vécue. Il questionne le partage des pouvoirs et les passions et il conclut que les Anglais sont résolument tournés vers l'argent. Ce faisant, le bien privé partisan l'emporte à tout coup sur le bien public. Cette passion pour les richesses et les profits, intime à chaque Anglais, mine la fondation de toutes leurs précautions constitutionnelles (théoriques) jusqu'à les ruiner complètement. Puisque la majorité des Anglais est assoiffée d'argent, le baron d'Holbach observe qu'il est facile au roi d'exercer concrètement et entièrement la souveraineté (à moins que ce ne soit là un biais utilisé afin de critiquer la politique d'expansion impérialiste de Georges II et de son chancelier Walpole?) En effet, selon le constat holbachien, les nobles se plient à la volonté royale pour obtenir en échange des privilèges et des titres. Les nobles repoussent aussi toute tentative des représentants
Tout ceci se voit mieux encore à la lumière d'un exemple particulier. La séparation des pouvoirs législatif et exécutif fascine assurément tous les penseurs français du 18ième siècle et le comte Mirabeau ne fait pas exception. Cependant, Mirabeau critique avec force et véhémence la confusion réelle de ces pouvoirs et le mésusage qu'il en est fait chez les Anglais en des circonstances de guerre 36. De fait, leur roi ne se contente pas de guerre défensive: il la déclare à d'autres nations (l'Espagne) sans même convoquer le parlement (ce qui conviendrait à la seule urgence de repousser des hostilités, et non de les provoquer). Le roi n'exécute alors pas la volonté de sa propre nation puisque le corps législatif n'est pas consulté et ce dernier, flegmatique et complice, garde le silence sur ces débordements de champs de juridiction. L'ambition de divers membres menotte le corps législatif entier. Le roi peut donc agrandir à souhait l'étendue de ses conquêtes, et exercer sa tyrannie. Par ailleurs, l'armée est à la solde du roi et celui-ci n'éprouve aucune difficulté à la financer, si on considère la dette publique des Anglais au tournant des années 1790...37 Comme Montesquieu le remarquait, du moment que le pouvoir législatif (les nobles et les représentants du peuple) est plus corrompu que le pouvoir exécutif, tous les bienfaits que nous pouvions attendre d'une monarchie mixte se volatilisent. S'il est habile, le roi aura même l'entière jouissance du trésor public et des armées pour servir ses propres intérêts et consolider toujours davantage sa souveraineté, même si en apparence les pouvoirs sont divisés. 4. La représentativité et le partage des pouvoirs en acte (Mirabeau) En France, depuis plus d'un demi siècle, les apologistes défenseurs du dogme sont débordés de toutes parts. Que nous pensions particulièrement aux tentatives de l'abbé Bergier pour dénigrer la matière des philosophes et en faire un pale succédané au Dieu des croyants, pour problématiser radicalement la liberté et le sens d'une vie "sans ciel" dans une perspective athée et matérialiste... aussitôt nous vient aussi à l'esprit l'ironique "Lettre au révérend père Berthier sur le matérialisme". Celle-ci recense les revers des visées apologistes, puisque la critique virulente d'écrits d'abord inconnus suscite l'engouement populaire, et montre donc la prégnance de plus en plus grande des idées matérialistes dans les vocables et habitudes quotidiens des gens. Les idées matérialistes au lieu d'être tournées en ridicule circulent, s'affirment et s'imposent avec plus d'acuité. Elles s'inséminent partout, dans tous les milieux, et s'étendent sur d'amples sujets, de l'érotisme libertin à la minéralogie, en passant par la construction maritime et Spinoza (c'est là d'ailleurs l'ambition de l'Encyclopédie: circonscrire tout objet connaissable par l'humaine raison). L'opinion publique s'éduque lentement et, étant de plus en plus éclairée, peut porter un regard plus juste et critique sur la situation politique et sociale: la souffrance des gens, l'ambition frustrée de certains et l'aveuglement de quelques autres ne forment pas une mixture propice au bonheur du plus grand nombre. Et cette tendance à la souffrance, à la frustration et à l'aveuglement croît sans cesse davantage car toutes tensions sont condamnées à se radicaliser lorsqu'elles ne trouvent pas de limites pour être contenues efficacement. Les tensions socio-politiques se font plus vives à chaque
Reportons-nous vers la fin des années 1780, d'Holbach se meurt et le "gémissement secret" se fait clameur populaire, nationale. Rien ne va plus dans le royaume de Louis XVI, son hégémonie est mise à mal. Quelque chose comme l'exaspération d'une nation se fait entendre aussi fortement que la rumeur d'une volonté: la paix, du pain, la paix, du pain, la paix... Le temps n'est plus aux seules revendications épistolaires ou aux plaintes des fonds de tavernes mais à l'action, à la réalisation d'un mieux être et d'idéaux manifestement légitimes. Les beaux écrits théoriques et systématiques du baron d'Holbach qui réclamait d'imposer un frein au pouvoir royal par l'élection de représentants, un équilibre dans l'exercice des pouvoirs, semblent une lointaine préhistoire. Les états généraux sont convoqués au printemps 1789, des représentants sont désignés, ils délestent ce qui fut longtemps retenu, tout se précipite... et rapidement ils transforment les états généraux en Assemblée nationale constituante. Il faut redéfinir le rapport unissant les divers corps de la nation, il faut rédiger une nouvelle constitution explicitant les responsabilités propres à chacun afin que la nation elle-même n'éclate pas. L'effervescence dans laquelle les représentants du peuple ont à redessiner la figure de la nation permet à certains de se révéler et de s'illustrer à un point tel qu'ils passeront à l'histoire. Mirabeau est l'un de ceux-là. Mirabeau, en infatigable organisateur de situations 38 et bien sûr mû par ses propres ambitions, s'intéressa à l'administration concrète du pouvoir politique, à ses possibilités et à ses impossibilités en ces temps de grands bouleversements, à ses compromis nécessaires et aux ressorts essentiels pour assurer un salvateur équilibre socio-politique. Aussi, puisqu'il faut toujours se méfier des hommes et qu'ils ne sont jamais tant sages et éclairés qu'ils le voudraient, Mirabeau se persuade que la force révolutionnaire émergente appelle à être contrebalancée, dans l'intérêt même de la nation39. Ce qu'il entrevoit déjà, pensons-nous, en pleine transition révolutionnaire, c'est l'émotion d'une assemblée ultra-républicaine voulant régler de vieux comptes, c'est la furie de passions débridées préludant aux passions sanglantes qui déferleront sous peu sur la France, et particulièrement sur Paris 40. La nécessité de la situation impose donc qu'un frein (l'autorité royale régénérée) contienne les représentants dans les limites de la justice et du bien commun, au sein même de la constitution nouvelle à rédiger. En tenant pour la monarchie constitutionnelle, Mirabeau n'est pas à proprement parler un réactionnaire41. Il tente seulement de composer la réalité avec la diversité des matériaux présents, avec les forces opérantes dans le métabolisme social au moment où le genre politique a à se renouveler42. Il espère pour sa nation la paix utile au bonheur général, et c'est ce qu'il tente de faire reconnaître spécialement lors de deux de ses plus fameux discours devant les membres de l'Assemblée: sur la sanction royale et sur le droit de paix et de guerre. Dans le discours sur la sanction royale, Mirabeau distingue deux pouvoirs "nécessaires à l'existence et aux fonctions du corps politique: celui de vouloir, et celui d'agir."43 Par prudence politique, il convient que ces pouvoirs soient clairement séparés. Le premier revient donc à la société qui, par ses représentants, établit les règles nécessaires à la réalisation du bien de tous alors que le second doit être exercé par un "chef unique et suprême" car il est besoin d'une grande force pour "réunir toutes les parties et tourner vers un centre commun leur activité."44 C'est par souci de sécurité
Évidemment, le veto royal est une arme défensive seulement, une façon de protéger la nation contre de mauvaises lois, pour la liberté politique même. Dans l'esprit de Mirabeau il en va ainsi car la sanction royale ne pourrait aller longtemps contre la volonté éclairée du peuple, le veto étant circonscrit par la constitution. Celle-ci stipulerait que l'assemblée nationale doit siéger annuellement afin que le corps social exprime continuellement sa volonté, à défaut de quoi les impôts45 et le financement de l'armée seraient annulés de droit trois mois après la dissolution de l'assemblée appelée par le veto royal. Le roi ne pourrait donc pas s'opposer très longtemps à une loi sage, à moins de s'exposer à des périls très dangereux venant soit de l'assemblée, doit directement du peuple. Nous le remarquons, Mirabeau travaille à faire accepter un contrepoids aux forces en présence: la sanction royale contre l'assemblée et la permanence de l'assemblée nationale contre le roi. Entre les états généraux de 1789 et avril 1791, lorsque Mirabeau meurt, les pouvoirs sont encore mal circonscrits et la réalisation de cette idée des contrepoids ne va pas du tout de soi, indisposant à la fois les républicains et les royalistes. Pourtant, Mirabeau la promeut pour la sécurité, la liberté et la tranquillité de la nation46. C'est aussi cette recherche d'équilibre dans l'exercice des pouvoirs législatif et exécutif qui poussa le comte à prendre la parole alors qu'il était question du droit de faire la guerre et la paix47, pendant une session de l'assemblée. Nul besoin de spécifier que la légitimité de l'autorité royale sombrait devant les assauts répétés des Duport, Barnave et Lameth. Toutefois, Mirabeau soutint qu'il était de la plus grande utilité de déléguer ce droit au roi seul puisque la promptitude à réagir contre une agression extérieure est un moyen de concourir au succès de la défense nationale. Les procédures, les discussions et surtout les délibérations d'une assemblée peuvent être fatales en cette matière. Par ailleurs, la prudence même semble exiger le plus grand secret quant aux effectifs d'une armée et à ses éventuelles stratégies. Le pouvoir exécutif, en la personne du roi, est donc tout désigné pour user du droit de guerre et de paix. Par ses propos, le comte ne dénie pas les prérogatives de l'assemblée législative. Mieux, il souligne même que le roi a le devoir de saisir l'assemblée des représentants de tous ses projets à l'égard de la guerre et de la paix. Par exemple, le roi doit notifier toutes plaintes ou stagnations des négociations dans les affaires de réclamations territoriale ou financière avant d'engager les armes (i.e. de façon "offensive"). Et si les armes sont engagées pour défendre les frontières ou exiger des réclamations, le roi doit continuellement faire rapport de l'état de la situation. Pour s'assurer de la bonne foi du roi en cette matière, l'assemblée nationale a le droit de refuser les fonds nécessaires aux armées puisque les impôts sont de son ressort exclusif. Ainsi, l'assemblée a le pouvoir de juger de la valeur des agressions subies et d'approuver ou non la guerre. Par ailleurs, les représentants circonscriront les intentions royales à la seule défense de la nation (et non à l'enrichissement personnel du roi) en congédiant toute troupe extraordinaire aussitôt qu'un conflit est résolu - évidemment, en coupant dans les soldes versées. Voilà comment Mirabeau, à sa manière, a lutté pour l'équilibre des pouvoirs entre les représentants élus par le peuple et le représentant perpétuel du peuple. L'Histoire nous enseigne qu'il a échoué dans ses plans. L'Histoire nous enseigne aussi qu'un pouvoir politique qui n'est pas balancé par un contrepoids significatif menace toujours de quelques exactions. La lutte politique du baron d'Holbach opposant des représentants au roi et celle du comte Mirabeau opposant la
L'équilibre social est précaire. De fines variances positives ou négatives peuvent être absorbées. Un fort manque ou un gros excédent ne pardonnent pas! La société pourrit ou se dessèche... Notes 1. "Si tous les hommes étaient les mêmes pour les forces du corps et pour les talents de l'esprit, ils n'auraient aucun besoin les uns des autres: c'est la diversité de leurs faculté et l'inégalité qu'elles mettent entre eux qui rendent les mortels nécessaires les uns aux autres, sans cela, ils vivraient isolés." D'Holbach, Le système de la nature, Paris, Fayard, "Corpus" (éd. J. Boulad-Ayoub), 1990, p. 150 2. L'opposition des individualités n'en est une que dans la mesure où chaque terme a une indépendance relative. L'opposition des passions propres à chacun n'est donc pas une difficulté insurmontable mais, en quelque sorte, un avantage: c'est parce que les individus sont indépendants qu'ils peuvent sortir de leur isolement et s'insérer dans un ensemble de relations sociales, intersubjectives. 3. "Une nation est heureuse lorsque le plus grand nombre des citoyens jouit du nécessaire; la félicité consiste dans l'équilibre maintenu par les lois, dans la sûreté pour sa personne et pour ses biens, dans les besoins satisfaits sans un travail trop pénible: effets heureux qui ne peuvent être les fruits que de la liberté." D'Holbach, La politique naturelle, Paris, Fayard, 1998, p. 299 - cf. aussi p. 358, alors qu'on dépasse le bonheur de l'individu pour comprendre le bonheur de l'État, c'est-à-dire le courage et la vertu que doivent les citoyens à la société en échange et contrepartie des produits nécessaires à leur subsistance. 4. "Gouverner, c'est obliger les membres d'une société à remplir fidèlement les conditions du pacte social. C'est les inviter ou les forcer à concourir au bien public ou à montrer des vertus. Si les hommes avaient été raisonnables, ils n'auraient pas eu besoin de se soumettre à l'autorité." Ibid., p. 55 5. "Le bon sens nous criera qu'une nation n'a jamais pu vouloir qu'un seul de ses membres fut heureux aux dépens de tous les autres." Ibid., p. 117 Toutefois, le problème majeur n'en est pas tellement un de volonté dans la nation mais bien de Lumières! La nation sommeille presque toujours dans la paresse dogmatique: à l'égard de la légitimité du roi et à l'égard du pouvoir de la religion. Inlassablement, le peuple répète: "Il en fut ainsi, il en sera toujours ainsi!" 6. "Ainsi tout gouvernement, quelque nom qu'on lui donne, sera bon, lorsqu'il rendra heureux le plus grand nombre de ceux qui lui seront soumis. Il atteindra ce but en laissant aux citoyens la juste liberté qui met chacun en état de travailler à son bonheur sans nuire à celui de ses concitoyens." Ibid., p. 76 7. "Les Nations changent, ainsi ce sont les besoins actuels, c'est la raison perfectionnée que l'on doit consulter. De ce qu'une chose fut jugée utile et bonne autrefois, il ne suit nullement qu'elle soit bonne aujourd'hui." Ibid., p. 79 8. D'Holbach écrit: "Ce gouvernement, appelé Monarchie, eut pour modèle le gouvernement d'une famille. [...] La monarchie fut presque toujours le refuge des grandes sociétés divisées; elles se flattèrent d'y trouver ce repos après lequel soupirent des hommes lassés de se déchirer. [...] L'abus fut toujours à côté du pouvoir; les forces de la société concentrées dans un seul homme eurent, il est vrai, plus d'énergie et d'activité, mais elles n'en furent que plus dangereuses pour la société même. Le monarque oublia ses devoirs; ses sujets oublièrent les leurs;" Ibid., pp. 63 et 64 9. Ibid., p. 113 - cf. aussi pp. 103 et 104: Les supposées racines divines du roi sont dues en fait à la superstition du peuple, à la perfidie sacerdotale et à l'incommensurable orgueil du monarque. 10. Ibid., p. 71 11. "Les nations comme les individus sont sujettes à des maladies: les crises, souvent très vives, rendent pour un temps la santé au corps politique; sa santé dure, jusqu'à ce qu'ayant amassé de nouvelles humeurs, la nature, par des crises nouvelles, le force à se débarrasser. Laissons donc agir la nature; secondons-la quelquefois, lorsque nous pourrons le faire avec sûreté; ne la brusquons, ne la traversons jamais. [...] souvenons-nous surtout qu'il n'appartient qu'à la société de marquer ses mécontentements". Ibid., p. 82. 12. Ibid., pp. 159 et 160 - cf. aussi p. 112:" Le citoyen doit supporter avec la patrie les maux qu'elle éprouve en silence et sacrifier à son repos ceux qu'il endure tout seul. Il doit ou fuir ou rester tranquille, tant qu'il est seul à se plaindre: il doit se joindre à tous lorsque tous se plaignent." 13. Ibid., p. 72 14. Ibid., p. 93 15. Cf. p. 141:"Sous un souverain équitable, la société ne parle jamais en vain; juste envers tous ses sujets, il fait cesser leurs plaintes. Dès qu'on les lui fait connaître, il se conforme à leur demandes; leurs désirs ne pourront être injustes ou déraisonnables, dès qu'ils exprimeront le voeu de la nature appuyé de la volonté générale. Un vrai roi est un père qui ne ravit point à ses enfants les avantages dont la possession fait leur félicité" 16. Ibid., p. 97 17. D'Holbach, Le système social. Tome II, Londres, 1773. pp. 51 et 52 18. D'Holbach insiste tellement sur la propriété pour fonder l'accessibilité au rôle citoyen d'électeur et aux postes de représentant qu'on se surprend par moment à douter de l'importance réelle qu'il accordait à l'éducation et aux lumières naturelles des gens. L'extrait suivant de La politique naturelle, pp. 129 et 130, ébranle d'ailleurs notre sympathie: "Ces conseils [de représentants], pour exprimer fidèlement les volontés des peuples, doivent être composés de citoyens que leurs lumières, leurs talents, leurs vertus, et surtout leurs intérêts personnels attachent à la patrie, et mettent à portée de connaître ses forces, sa situation, ses besoins. [...] Nul homme n'est plus intéressé au bien de l'État que celui qui souffre de ses maux et qui jouit de ses avantages; c'est la propriété, c'est la possession des terres, qui lie l'homme à son pays et l'attache à ses concitoyens." Étrangement, en souscrivant à l'idée de souveraineté populaire, Rousseau fait alors figure de réaliste en démasquant la vénalité des "philosophes" pourfendeurs de tyrannie en son Premier discours, sur les sciences et les arts! 19. Sur tous ces "rôles" de la terre, cf. Politique naturelle, Paris, Fayard, coll. "Corpus..." (Éd. J. Boulad-Ayoub), 1998, p. 168 et ss. 20. Ibid.. p. 109 21. D'Holbach, Représentants in L'Encyclopédie., tome XIV, New York, Pergamon Press Reprints, p. 146. 22. À ce sujet, voir Politique naturelle, pp. 162 et 163, surtout L'Éthocratie, chap. 8: des lois morales pour les riches et les pauvres. 23. Ibid., p. 193 - Les échos de Machiavel sont évidents: "Parce qu'on voit les hommes s'y prendre de manières variées dans les choses qui les conduisent à la fin que chacun désire, c'est-à-dire la gloire et les richesses;" Le prince, chap. 25. Par ailleurs, L'Éthocratie, qui ne fut pas publiée sous le couvert de l'anonymat! fut dédiée à Louis XVI par d'Holbach lui-même... 24. Le système social. Tome II, op. cit., p. 52 25. Il est intéressant de noter que d'Holbach se rapprocherait ici du motif mythique de la caverne de Platon: les prisonniers, privés de lumières, croient aux ombres projetées par les montreurs de marionnettes... 26. Kant, dans sa Réponse à la question: Qu'est-ce que les Lumières? affirmait que "les hommes se dégagent eux-mêmes peu à peu de leur grossièreté, si seulement on ne s'évertue pas à les y maintenir." Critique de la faculté de juger et autres opuscules, Paris, Gallimard, 1993 (coll. folio essais), p. 504. Évidemment, à la défense de d'Holbach, il faut comprendre que la propagation des Lumières demande du temps afin de porter ses fruits en chacun, tous n'ont pas en eux déjà constituée la vertu citoyenne. Et la vie ne souffre aucun report, elle se déploie sans cesse. Toutefois, la meilleure instruction publique (à la citoyenneté) nous paraît être celle mettant tous les individus en situation de responsabilité civique. Bien sûr, cela est très risqué et l'anarchie demeure une possibilité. Mais comment n'en irait-il pas tout pareillement pour les propositions de d'Holbach? Nous réitérons donc notre prudence dans l'interprétation du "bien commun" chez d'Holbach puisque l'éducation proposée entre autres dans L'Éthocratie, devant réaliser l'éveil du citoyen, n'est peut-être que le sacrifice des passions constituantes de chacun sur l'autel des ambitions d'une classe. 27. L'édition originale de l'Encyclopédie définit "glèbe" comme suit: "Signifie le fond d'une terre; il y avait chez les Romains des esclaves qui étaient attachés à la glèbe, et que l'on nommait servi glebae abscriptitii; il y a encore dans quelques provinces des serfs attachés à la glèbe. Parmi nous il y a certains droits incorporels qui sont attachés à une glèbe, c'est-à-dire à une terre dont ils ne peuvent être séparés, tels que le droit de justice, de patronage." 28. "Comment un noble nourri dans les combats, connaîtrait-il les intérêts d'une religion dont souvent il n'est que faiblement instruit, d'un commerce qu'il méprise, d'une agriculture qu'il dédaigne, d'une jurisprudence dont il n'a point d'idées? Comment un magistrat, occupé du soin pénible de rendre la justice au peuple, de sonder les profondeurs de la jurisprudence, de se garantir des embûches de la ruse, et de démêler les pièges de la chicane, pourrait-il décider des affaires relatives à la guerre, utiles au commerce, aux manufactures, à l'agriculture? Comment un clergé, dont l'attention est absorbée par des études et par des soins qui ont le ciel pour objet, pourrait-il juger de ce qui est le plus convenable à la navigation, à la guerre, à la jurisprudence?" D'Holbach, Représentants in Encyclopédie. Tome XIV, op. cit., p. 145 29. Politique naturelle, op. cit., p. 168 30. Il est intéressant cependant de noter que, si on avait déjà une bonne éducation, c'est-à-dire une "éducation vertueuse et généreuse", on n'aurait justement pas besoin d'un régime monarchique tempérée! 31. Cf. De l'esprit des lois, livre XI, chapitre 6 32. De l'esprit des lois, Paris, Garnier-Flammarion, p. 297 33. Ibid., p. 304 34. Cf. Le système social. Tome II, op. cit., chapitre 6 (pp. 65-75) 35. Ibid., p. 74 36. Cf. pour cette critique: Mirabeau, Monarchie et révolution, Paris, Gauthier, 1891, p. 32... 37. Mirabeau écrivait en novembre 1787, dans une lettre à Montmorin, que "les Anglais soutiennent une dette nationale de beaucoup plus forte que la nôtre [la dette française], répartie sur une population deux fois moins nombreuse", et nous savons que l'endettement français était à ce moment fort élevé. (Mémoires., vol. 4, Paris Adolphe Guyot, 1834, p. 472) Par ailleurs, nous savons, en lisant Thomas More et Francis Bacon, qu'il était tout aussi facile au roi de financer ses armées selon sa seule volonté royale dans les siècles précédant le 18ième. 38. La lecture de quelques pages seulement des Mémoires suffit à saisir ce trait chez le comte - qu'il s'agisse des marais salins de son père, du système carcéral et des prisons où il fut jeté... Tout doit "fonctionner"! 39. En 1791, dans un mémoire secret remis à la reine, Mirabeau écrivait: "L'Assemblée ne s'est pas contentée d'abolir les anciens abus, et d'en rendre le retour impossible; de trop justes méfiances l'ont entraînée fort au delà du terme où ses propres intentions et la raison d'état devaient l'arrêter. Deux grandes et funestes erreurs s'en sont suivies: 1. l'abaissement du pouvoir royal qu'il ne fallait que limiter sagement; 2. l'exagération de l'influence du peuple, qu'il fallait rendre libre et non souverain; car, s'il l'est en principe, il ne peut pas l'être en fait. C'est là qu'est le danger; il faut conserver rigoureusement ce que l'Assemblée a fait de bien; mais il faut détruire ce qui est mauvais et périlleux." Mémoires., vol. 8, Paris, Delaunay, 1835, p. 380 40. Cf. Mirabeau, Monarchie et révolution, op. cit., pp. 6-7: "Supposez maintenant le droit de veto enlevé au prince, et le prince obligé de sanctionner une mauvaise loi: vous n'avez plus d'espoir que dans une insurrection générale, dont l'issue la plus heureuse serait probablement plus funeste aux indignes représentants du peuple que la dissolution de leur assemblée. Mais est-il bien certain que cette insurrection ne serait funeste qu'aux indignes représentants du peuple?... J'y vois encore une ressource pour les partisans du despotisme des ministres. J'y vois le danger imminent de la paix publique troublée, et peut-être violée; j'y vois l'incendie presque inévitable, et trop longtemps à craindre dans un État où une révolution si nécessaire, mais si rapide, a laissé les germes de division et de haine que l'affermissement de la constitution, par les travaux successifs de l'assemblée, peut seul étouffer." - Mirabeau s'exprimait ainsi alors qu'il défendait devant l'assemblée la nécessité de la sanction royale. Il semble qu'il ait parlé en véritable prophète, connaissant aujourd'hui les événements qui sont survenus après 1791. Dans un autre ordre d'idées, nous pouvons nous interroger sur la pertinence de cette mise en garde pour notre temps présent, alors que la mondialisation des marchés chamboule les différents équilibres nationaux... 41. Encore en ce mémoire secret remis à la reine, Mirabeau affirmait: "La constitution a ses défauts de préventions, de précipitation, d'inconséquence. Elle est un mélange confus de démocratie, d'aristocratie, de monarchie; mais on a pris des deux premières ce qu'elle ont de mauvais, on a détruit la troisième; c'est à ces vices qu'il faut pourvoir. Y pourvoir? oui, sans doute. - Mais non en revenant sur les bases générales. En ce genre, tout effort rétrograde serait absurde et criminel; tout succès impossible [impolitique!]; ce qui est conquis est sacré, est inviolable. - Mais il faut tendre à une meilleure constitution." Mémoires, vol. 8, op. cit., p. 378. 42. "C'est le tocsin de la nécessité qui seul peut donner le signal, quand le moment est venu de remplir l'imprescriptible devoir de la résistance; devoir toujours impérieux lorsque la constitution est violée, toujours triomphant lorsque la résistance est juste et vraiment nationale." Mirabeau, Monarchie et révolution, op. cit., p. 36 43. Ibid., p. 3 44. Idem 45. Déjà, dans une lettre à Montmorin du 20 novembre 1787, Mirabeau soutenait que les impôts étaient l'affaire du peuple: "Oui à ce seul mot, les États généraux en 1789, on verra renaître le crédit, et remplir les emprunts que nécessite l'état actuel des affaires. À la vérité le parlement [i.e. des ministres désignés par le roi] n'a pas le droit d'enregistrer un emprunt sans le consentement des États généraux, parce que le capital et les intérêts ne peuvent se payer qu'avec un impôt, et que la nation assemblée a seul le droit de le voter[...]" Mémoires, vol. 4, op. cit., p. 474 46. En 1791, Mirabeau ira jusqu'à haranguer tant l'assemblée que le roi pour préserver la tranquillité publique (cf. respectivement les pages 303-305 et 305-307 dans Mémoires, vol. 8). À la première, il rappellera son rôle unique d'interprète des pétitions du peuple alors qu'au deuxième il annonça son nouveau devoir d'être aidé par des fonctionnaires publics dans l'exécution des lois. 47. Pour le discours détaillé de Mirabeau, voir Monarchie et révolution, op. cit., pp. 19-36. |
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