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1er août 2012

Les étapes cruciales de la métaphysique moderne

Jean-René Vernes

La probabilité telle que la conçoit Pascal s’impose à la réalité. Des événements identiques ont les chances identiques de se produire. Ainsi s’explique que les six faces d’un dé bien fait se rapprochent d’une même fréquence, lorsqu’on prolonge la partie indéfiniment. C’est le principe appliqué avec succès par les joueurs de cartes et de dés.

Lorsque nous rentrons chez nous après nous en être absenté un moment, nous retrouvons exactement les mêmes perceptions. Cette coïncidence serait infiniment improbable si nos perceptions étaient de pures perceptions. Elle nous oblige à croire à l’existence d’une réalité étrangère à la conscience et que nous nommons la matière.

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En écrivant qu’il faut une fois dans sa vie « faire table rase » de touts les croyances, Descartes par une simple phrase a bouleversé la philosophie. Descartes cherche une certitude. Pour cela il insiste sur le point qu’il faut partir des faits. Et le Cogito est le premier fait connu.

Descartes ignore malheureusement le principe pascalien, formulé pour la première fois par Pascal quelques années après sa mort. Comme Pascal il croit à l’existence de la matière. Mais il justifie celle-ci par le principe de causalité : les perceptions doivent avoir une cause. Celle-ci se situe dans des objets matériels.

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La conception cartésienne a dominé la métaphysique pendant un peu plue d’un siècle, jusqu’à la critique humienne de la causalité. Et, lorsque cette critique ruine le principe de causalité, Hume applique le principe cartésien, la primauté des faits. Le principe de causalité n’est pas un fait mais une affirmation arbitraire. Il faut donc le rejeter.

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Hume masque ainsi le support pascalien, qui permettait de prouver l’existence de la matière. La probabilité n’existe pas dans les faits. Elle n’existe que dans l’esprit du penseur, parce que celui-ci peut embrasser d’un seul coup la totalité infinie des possibles. Dans la réalité il n’existe que des fréquences. C’est pourquoi s’élaborent à partir du 19ème siècle des théories fréquentielles de la probabilité.

Mais avec ces nouvelles théories il devient impossible de prouver l’existence d’objets extérieurs à la conscience. Une nouvelle philosophie se construit alors. Le monde se réduirait à des représentations. Tels sont l’empirisme et la phénoménologie.

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Parallèlement Kant s’oppose à la conception humienne, jugée insuffisante. Il faut expliquer la constance des lois naturelles. Il élabore pour cela la Critique de la Raison pure. C’est l’entendement qui organise les phénomènes selon des lois.
Mais on ne peut pas se représenter de façon concrète comment l’entendement pourrait régir les perceptions. La conception kantienne est illusoire, comme est erronée la conception cartésienne. La révolution copernicienne est une révolution verbale. Elle oppose une conception illusoire à une conception imparfaite.
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Devant l’insuffisance réciproque de l’idéalisme moderne et de l’exigence kantienne de nécessité la pensée contemporaine commence à envisager l’impossibilité de la métaphysique.

La solution consiste apparemment à revenir à Pascal. Il est vrai toutefois que celle-ci pose deux problèmes. Peut-on admettre l’existence d’objets irreprésentables, comme le demeure effectivement la matière ? Et comment comprendre l’union entre la conscience et la matière ? Descartes résolvait le problème, en acceptant l’union de l’âme et du corps comme inintelligible.

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Il faut choisir entre deux conceptions fondamentalement opposées, la conception cartésienne et celle des Modernes. Remarquons toutefois que la nécessité qui régit notamment la démonstration géométrique ne peut exister, elle aussi, que dans la pensée. Elle n’a pas plus d’existence dans les faits que la probabilité. Et, d’autre part, la conception pascalienne n’est pas seulement celle de l’immense majorité des hommes, c’est aussi celle sur laquelle la science s’élabore et réussit.

JEAN-RENÉ VERNES
jeanrenevernes@orange.fr

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